La crise engendrée par la Covid-19 est une méga-crise. Ce n’est pas seulement une partie du système qui dysfonctionne, mais le système tout entier.

Inédite dans sa forme, autant que dans son ampleur, cette crise a largement été causée, voire aggravée par nos styles de vie contemporains, et accentuée par deux facteurs de propagation du virus : les mégalopoles, d’une part, et les 200.000 trajets aériens que l’on décomptait par jour jusque-là, d’autre part… La crise sanitaire a très vite contaminé l’économique et le social, révélant les immenses fragilités et les lignes de fracture de l’organisation sur laquelle fonctionnait jusqu’ici l’économie mondialisée.

Ainsi, comme un crash test géant, elle sert aussi bien de révélateur que de loupe, et appelle au changement. Déplaçant un grand nombre de nos frontières mentales, elle nous force à dépasser nos certitudes, nous contraint à arrêter de faire confiance à la routine. Elle nous montre en effet que rien n’est stable. En mettant en lumière ces nombreux dysfonctionnements, la pandémie nous oblige à regarder le futur pour faire mieux en faisant autrement, c’est-à-dire à innover en dépassant sans cesse de nouvelles frontières. Ainsi, c’est un très puissant catalyseur de changement et un accélérateur d’innovation. C’est sans doute son seul mérite, mais il est fondamental.

Par son effet de miroir grossissant permettant de tout mieux voir, cette épreuve a également mis en évidence les limites de nos gouvernants. En délocalisant des productions essentielles, ils ont démontré qu’ils avaient failli dans l’anticipation de ce type de scénarii. Le manque de transparence, les ratés de la surveillance des agences sanitaires ou encore les dissonances de communication ont également laissé les individus très largement démunis pour décrypter la situation.

La crise de la Covid 19 nous a mis face à notre incapacité à affronter sereinement des bouleversements majeurs. Elle soulève la problématique de la gestion par nos gouvernants de futures crises géopolitiques ou autres catastrophes naturelles. Il est à espérer, à ce titre, que les autorités verront en ces événements une occasion de se réinventer dans l’intérêt général et non plus d’agir en fonction de considérations politiques et personnelles. Pourtant, il est hélas probable que la crise sanitaire constituera un argument qui sera systématiquement avancé par nos dirigeants pour justifier les maux de nos sociétés, dans les années à venir…

Par ailleurs, la Covid 19 nous a fait prendre conscience de la valeur de nos gestes quotidiens, même les plus basiques. Qui aurait pu imaginer que partager un repas, rendre visite à nos parents ou grands-parents, ou tout simplement nous embrasser, deviendraient des situations impossibles ?

Il est probable qu’une fois l’essentiel de la crise passé, nous tenterons d’oublier les passes difficiles pour nous recentrer sur la suite des événements. C’est ce que l’on appelle la mémoire sélective. C’est précisément cette résilience génétique qui nous a permis de surmonter les épreuves à travers le temps et de continuer à tracer notre sillon.

La pandémie est une situation douloureuse et violente. L’économie est durement touchée et, rendues nécessaires pour absorber le choc, des dettes colossales s’accumulent. Pourtant, comme toute crise, cette situation recèle aussi des potentialités positives de changements structurants.

On assiste par exemple à l’émergence de nouveaux types d’acteurs, présentant des caractéristiques singulières développées en réponse aux changements majeurs déclenchés par la crise. Reste à déterminer dans quelle mesure ces derniers pourront aider la société à se relever et s’adapter afin de devenir plus forte.

Une génération d’entrepreneurs

La Covid 19 a privé les individus de liberté. Cet arrêt brutal les a parfois incités à revoir leurs priorités, et, au travers des confinements successifs mais aussi des chômages techniques ou imposés, a débloqué pour certains un temps précieux mis à profit pour faire le bilan sur leurs parcours… Ainsi, ceux dont le caractère entrepreneurial était entravé par la routine du quotidien ont vu dans ce moment unique une opportunité de se lancer dans l’aventure. En cela, la crise aura servi de tremplin à une génération silencieuse d’entrepreneurs qui auront décidé de franchir le pas.

Ceux qui se seront lancés avant le début de la crise, auront dû, quant à eux, se démener pour se maintenir et surmonter les nombreux obstacles. Dès lors, ceux qui auront su faire preuve de résilience, aussi bien en termes d’inventivité que d’adaptation, pourront être qualifiés de « supers entrepreneurs ».

Ces nouvelles générations d’acteurs, plus forts, tenaces, adaptables et bien plus agiles tirent leurs atouts depuis le terreau d’une crise développant purement et simplement l’instinct de survie ! Grâce à ses capacités acquises, cette nouvelle génération permettra probablement de rattraper tout ou partie du retard accumulé au niveau de notre économie et, pourquoi pas, de créer de nouvelles richesses.

Une génération d’autoapprenants

Parallèlement, la crise devrait révéler des millions de talents ayant entrepris une reconversion professionnelle silencieuse à l’aide des innombrables ressources disponibles sur internet. Les formations en ligne, désormais accessibles au plus grand nombre, constituent en effet une formidable opportunité d’apprentissage, permettant d’acquérir des expertises parfois très pointues. Les directions des ressources humaines et managers, pour certains conscients de cette nouvelle réalité, intégreront probablement à l’avenir ces paramètres dans leurs processus de recrutement qui devraient par conséquent s’accélérer et bousculer les systèmes de formation « classiques ». La ténacité et l’adaptabilité d’un candidat engagé dans une telle démarche d’autoformation peuvent désormais être reconnues comme des qualités capables de prévaloir sur celles d’un individu formé et porté par des schémas traditionnels.

La crise a joué le rôle d’un catalyseur de changement, élargissant le champ des possibles et, avec lui, l’opportunité de changer de voie professionnelle. En ce sens, il est désormais courant de se redéployer vers des professions aux antipodes de son métier d’origine. A titre d’exemple, de nouvelles générations de développeurs, d’expert du digital, de Web designers rejoindront des plateformes d’indépendants.

La gratuité des ressources en ligne et autres cours à distance aura probablement contribué à l’avènement de ces processus de reconversion, déjà explorés par des millions d’individus à travers le monde. Outre la reconversion, les ressources ont permis de renforcer les compétences professionnelles de tout un chacun… Les universités, grandes écoles et instituts de formation continue devraient, par conséquent, intégrer ce paradigme à leur mode de fonctionnement s’ils veulent conserver leur rayonnement !

Une nouvelle génération de leaders 

L’émergence de leaders résulte indiscutablement de conjonctures mettant en évidence certaines injustices. Or, le contexte pandémique aura sans nul doute conduit à un climat d’injustice profonde, creusant les écarts sociaux et redistribuant les cartes en faveur des plus puissants. Ainsi, les prochains mois seront certainement marqués par des rachats et consolidations, puis, sur le plus long terme, nous assisterons probablement à des restructurations majeures d’entreprises.

Cette « transformation mécanique », voire systémique, devrait engendrer de nombreux changements. Préparons-nous à observer la création de mouvements sociaux d’ampleur, dont le but sera de pousser les États à réinventer leur gouvernance économique et sociale. De nouveaux modèles ou courants menés par de nouveaux leaders devraient aussi émerger pour remplir cet espace.

Une génération de “Digital Companies”

Qui eut cru que le système de travail, tel que nous l’avons connu, verrait à ce point ses pratiques se transformer ? Certaines sociétés pratiquaient déjà le travail basé sur des conférences à distance, mais la crise a généralisé ces pratiques en poussant ce modèle à son paroxysme. Ainsi, grâce à des systèmes permettant d’organiser conférences en ligne et réunions vidéo à multiples participants, les barrières psychologiques selon lesquelles il n’était pas envisageable de manager ses équipes à distance sont tombées les unes après les autres.

Il n’aura suffi que de quelques adaptations ou installations dans le Cloud pour voir les espaces de bureaux se démultiplier. Ils sont désormais composés d’une infinité de salles de réunions, de salons, de cuisines ou de chambres où chacun se positionne en ordre de marche. L’adoption de ces technologies a tellement bien fonctionné que nous pouvons dorénavant envisager l’émergence d’une génération de sociétés dématérialisées, sans bureaux permanents et composées uniquement de collaborateurs (employés et indépendants) aux quatre coins du globe exerçant leurs missions depuis chez eux. La “Digital Company” par excellence sera structurée en fonction de ses talents et non plus de critères de proximité géographique. De quoi remettre l’humain à l’honneur, ouvrant la voie à de nouveaux liens sociaux générateurs d’une meilleure efficacité.

Cette perspective présente de nombreux avantages micro et macroéconomiques :

  • Fini les coûts exorbitants et situations inextricables liés aux baux d’entreprises ou autres structures d’accueil… ;
  • Ouverture vers un réseau de talents au-delà des frontières ;
  • Accès à des salaires valorisés en fonction des talents et non sur des critères géographiques…

Entre risque d’ubérisation des entreprises traditionnelles et opportunité de créer des structures plus agiles et productives, les technologies devraient rapidement proposer de nouvelles générations de murs d’écrans donnant accès à des conférences en réalité augmentée pour une immersion totale de travail depuis son salon ou sa cuisine. Il n’est pas fantaisiste d’imaginer aujourd’hui des murs de LED projetant la salle en face de vous, juxtaposant ainsi les salons configurables à l’envi de multiples employés. Les personnes concernées auront ainsi accès, en temps réel, à un tableau dynamique collaboratif avec schémas, textes, et messages en cours de rédaction par leurs correspondants. Que restera-t-il bientôt de l’entreprise dite traditionnelle… ?

La réalité est en passe de dépasser la fiction. Quoi qu’il en soit, une multitude de frontières bien établies sont en train d’être repoussées, déplacées, détruites ou remplacées par de nouvelles. L’innovation a un grand rôle à jouer dans cette recomposition exigée par ce qu’a mis à jour la pandémie. Les épreuves que nous surmontons nous renforcent. À n’en pas douter, de nombreuses évolutions positives sont déjà en train de sortir de ce crash test géant. Sans doute en sortirons-nous plus forts et plus efficaces.

Article initialement paru dans le Journal du Net

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